Femme


Une femme est l’amour



Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance ;
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le coeur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.
Courbé par le travail ou par la destinée,
L’homme à sa voix s’élève et son front s’éclaircit ;
Toujours impatient dans sa course bornée,
Un sourire le dompte et son coeur s’adoucit.
Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :
Bien longtemps à l’attendre il faut se résigner.
Mais qui n’aimerait pas, dans sa grâce sereine,
La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?
Gérard de Nerval




Une beauté de quinze ans enfantine

Pierre de Ronsard

Une beauté de quinze ans enfantine,
Un or frisé de maint crêpe anelet,
Un front de rose, un teint damoiselet,
Un ris qui l’âme aux Astres achemine ;
Une vertu de telles beautés digne,
Un col de neige, une gorge de lait,
Un coeur jà mûr en un sein verdelet,
En Dame humaine une beauté divine ;
Un oeil puissant de faire jours les nuits,
Une main douce à forcer les ennuis,
Qui tient ma vie en ses doigts enfermée
Avec un chant découpé doucement
Ore d’un ris, or’ d’un gémissement,
De tels sorciers ma raison fut charmée.
Pierre de Ronsard


Sonate au miroir
Jean-Charles Dorge


Les voix ont disparu, qui composaient l’enfance ;
M’en reste une sonate aux timbres d’êtres chers,
Qu’en émoi je perçois par certains matins clairs,
Sursautant vaguement lors d’un rêve en souffrance.

Hélas, quand la musique à son rythme s’élance,
Je perds les sons bénis sous de superbes airs
Qui ne me parlent plus qu’au fond d’étranges mers,
Où mon esprit se noie en un épais silence.

T’ai-je perdu, beauté, dans la vague du soir,
Moi qui jusqu’au sépulcre eusse voulu te voir ?
Pourquoi n’entends-je plus ces âmes qui se cachent?

Je voudrais percevoir leurs chants et les pleurer
Tant, au miroir, je sens leur souffle qui m’attache
A l’espoir d’un retour : Beauté, viens t’y mirer !

Jean-Charles Dorge

Les Oiseaux de proie



Je m’étais assis sur la cime antique
Et la vierge neige, en face des Dieux ;
Je voyais monter dans l’air pacifique
La procession des morts glorieux.
La terre exhalait le divin cantique
Que n’écoute plus le siècle oublieux,
Et la chaîne d’or du Zeus homérique
D’anneaux en anneaux l’unissait aux cieux.
Mais, ô passions, noirs oiseaux de proie,
Vous avez troublé mon rêve et ma joie :
Je tombe du ciel, et n’en puis mourir !
Vos ongles sanglants ont dans mes chairs vives
Enfoncé l’angoisse avec le désir,
Et vous m’avez dit : — Il faut que tu vives ! —

Oiseaux qui chantent trop lût, deviennent, le soir, la proie de l’oiseau de proie.


https://fr.wikisource.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Po%C3%A8mes













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