Varié


Quand l'esprit est parfaitement calme,
il est comparable à l'eau tranquille d'un lac de montagne.
La première ride qui se forme sur l'eau est une émotion.
Qu'en advient-il ? Si l'être laisse cette ride, si légère soit-elle, s'intensifier et devenir une vague, il sera lui-même englouti par elle. L'émotion aveugle est alors maîtresse de la situation sans avoir, en fait, aucune raison d'être.
Si cette émotion, alors qu'elle n'est qu'une ride sur l'eau, est volontairement intériorisée, peu à peu, à cause même de son manque de consistance, elle se désintégrera d'elle-même pour retourner d'où elle vient.
Shri Anirvan

Les Éolides




          Ô brises flottantes des cieux,
          Du beau Printemps douces haleines,
          Qui de baisers capricieux
          Caressez les monts et les plaines !

Vierges, filles d’Éole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’aurore vermeille.

          Effleurant le cristal des eaux
          Comme un vif essaim d’hirondelles,
          De l’Eurotas aux verts roseaux
          Revenez-vous, Vierges fidèles ?

Les Oiseaux de proie


Je m’étais assis sur la cime antique
Et la vierge neige, en face des Dieux ;
Je voyais monter dans l’air pacifique
La procession des morts glorieux.
La terre exhalait le divin cantique
Que n’écoute plus le siècle oublieux,
Et la chaîne d’or du Zeus homérique
D’anneaux en anneaux l’unissait aux cieux.
Mais, ô passions, noirs oiseaux de proie,
Vous avez troublé mon rêve et ma joie :
Je tombe du ciel, et n’en puis mourir !
Vos ongles sanglants ont dans mes chairs vives
Enfoncé l’angoisse avec le désir,
Et vous m’avez dit : — Il faut que tu vives ! —

poeme

Le jeune Gérard et Gayette s'en sont allés,
Ils ont pris leur chemin droit vers la cité.
Aussitôt arrivé, il l'épouse.
Le vent souffle et les rameaux tremblotent.
Que ceux qui s'entr'aiment s'endorment doucement!

proverbes
Le Châtelain de Coucy, 
LA DOUCE VOIZ DULOUSEIGNOL SAUVAGE

I. La douce voiz du louseignol sauvage
Qu'oi nuit et jour cointoier et tentir
M'adoucist si le cuer et rassouage
Qu'or ai talent que chant pour esbaudir;
Bien doi chanter puis qu'il vient a plaisir
Cele qui j'ai fait de cuer lige homage;
Si doi avoir grant joie en mon corage,
S'ele me veut a son oez retenir.

II. Onques vers li n'eu faus cuer ne volage,
Si m'en devroit pour tant mieuz avenir,
Ainz l'aim et serf et aour par usage,
Mais ne li os mon pensé descouvrir,
Quar sa biautez me fait tant esbair
Que je ne sai devant li nul language;
Nis reguarder n'os son simple visage,
Tant en redout mes ieuz a departir.

III. Tant ai en li ferm assis mon corage
Qu'ailleurs ne pens, et Diex m'en lait joïr!
C'onques Tristanz, qui but le beverage,
Pluz loiaument n'ama sanz repentir;
Quar g'i met tout, cuer et cors et desir,
Force et pooir, ne sai se faiz folage;
Encor me dout qu'en trestout mon eage
Ne puisse assez li et s'amour servir.

IV. Je ne di pas que je face folage,
Nis se pour li me devoie morir,
Qu'el mont ne truis tant bele ne si sage,
Ne nule rienz n'est tant a mon desir;
Mout aim mes ieuz qui me firent choisir;
Lors que la vi, li laissai en hostage
Mon cuer, qui puiz i a fait lonc estage,
Ne ja nul jour ne l'en quier departir.

V. Chançon, va t'en pour faire mon message
La u je je n'os trestourner ne guenchir,
Quar tant redout la fole gent ombrage
Qui devinent, ainz qu'il puist avenir,
Les bienz d'amours (Diex les puist maleïr!).
A maint amant ont fait ire et damage;
Maiz j'ai de ce mout cruel avantage
Qu'il les m'estuet seur mon pois obeïr.
Traduction
La douce voix du rossignol sauvage,
j'entends nuit et jour ses modulations.
Elle emplit mon coeur de calme et de douceur,
elle me donne le désir de chanter pour dire mon bonheur.
J'aime à le faire puisque mon chant agrée
à celle qui est devenue de mon coeur la souveraine
et ma joie sera plénière
si elle veut me retenir pour serviteur.

Jamais je n'eus envers elle coeur perfide ou volage:
ma récompense en devrait être encore plus grande;
je l'aime avec constance, je l'adore et je la sers
sans oser toutefois me risquer à lui confier mes sentiments.
Sa beauté m'emplit d'un tel émoi,
en sa présence, je reste incapable de parler,
n'osant pas même contempler son visage si pur,
tant j'ai peur de ne pouvoir en détacher mes regards.
Mon coeur lui est profondément attaché.
Je ne pense à nulle autre. Dieu! être un jour avec elle!
Jamais Tristan, lui qui but le philtre,
n'a aimé sans réserve d'un amour plus loyal.
Je m'y donne tout entier, coeur, corps, désir,
force et pouvoir. J'ignore si c'est folie,
pourtant que je doute encore que ma vie soit assez longue
pour la servir et pour l'aimer.
Ma conduite, je l'affirme, n'a rien d'insensé,
même si son amour me mène à la mort,
car je ne trouve au monde ni plus belle ni plus sage
et personne autant qu'elle ne comble mon désir;
J'aime mes yeux qui surent la remarquer.
Au moment où je l'ai vue, je lui ai laissé mon coeur
en otage; depuis il ne l'a pas quittée,
jamais je ne chercherai à le reprendre.
Va, chanson, porter ton message
là où je n'ose me rendre, même à la dérobée,
tant je redoute cette engeance de pervers,
-que Dieu les maudisse! -, qui révèlent
les bienfaits de l'amour avant même qu'ils n'arrivent.
Ils ont causé la douleur- et la perte de maints amants
sur qui j'ai, hélas! ce cruel avantage d'être, malgré moi, à leur merci.


(Oiseau )







Dans les phases de mon passage

Je trouverai la paix




Je
Alfred de Musset a écrit Histoire d'un merle blanc.
Le Merle blanc est un film français de Jacques Houssin, une comédie sortie en 19448.
« Le merle blanc existe, mais il est si blanc qu'on ne peut le voir, et le merle noir n'est que son ombre. » — Jules Renard
Vers de Georges Brassens qui évoquent le "merle blanc" comme symbole de rareté en lieu et place de l'expression plus courante "perle rare" :



"En attendant le baiser qui fera mouche,

Le baiser qu'on garde pour la bonne bouche,

En attendant de trouver, parmi tous ces galants,

Le vrai merle blanc,

En attendant qu' le p'tit bonheur ne t'apporte

Celui derrière qui tu condamneras ta porte

En marquant dessus "Fermé jusqu'à la fin des jours

Pour cause d'amour" (in "Embrasse les tous")
La Porteuse de pain, I/XVIII

«– Tout simplement une bonne porteuse !

– Rien que ça !… fit le Tourangeau en riant. C’est le merle blanc, les bonnes porteuses… Depuis quinze jours, chez ma patronne, nous en avons changé quatre fois.»9
« Un homme parfaitement bilingue est donc un oiseau très rare, une sorte de merle blanc. » — Julien Green










La foi, c'est l'oiseau...


Le merle babille,

le moineau pépie,

le verdier gazouille,

la mésange zinzinule...





“” La foi c’est l’oiseau qui sent venir la lumière

et qui chante alors que l’aube ne s’est pas encore levée.“”

R. Tagore


« Regardez les oiseaux du ciel :

ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers

et votre Père céleste les nourrit ! »

Matthieu 6,26










A M. V. H.

Alfred de Musset

Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,
Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.
Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
Puis le coeur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.
De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,
On s’approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.
Alfred de Musset

Il faut aimer.

Recueil : Poésies complètes (1845)
Amie, il faut aimer quand le feu couve encore
Et qu'une main fidèle en refait les apprêts ;
Il faut rendre à l'autel ce qui tout bas dévore
Et qu'on regrette après.

Il faut aimer tandis que l'âme endolorie
N'a laissé qu'un éclair au front inaltéré,
Et qu'à de jeunes yeux l'amant soumis s'écrie :
« Par toi je revivrai ! »

Amie, il faut aimer pour qu'à l'heure où tout passe,
À l'âge où toutes fleurs quitteront le chemin,
Dans les landes du soir, en entrant, tête basse,
Nous nous serrions la main.

Il faut aimer pour l'heure où les suprêmes transes
Dans un sein qui se brise éteindront les soupirs :
Le dernier nous rendra toutes les espérances
Et tous les souvenirs !
Charles Augustin Sainte-Beuve.

par Alain Bosquet


Il faut aimer, donc j'aime les érables, dans l'aube aux parfums de velours.
Il faut aimer, donc j'aime l'impalpable et l'imprévu, sans le secours
de la raison.
Il faut aimer, donc j'aime ce qui ne saurait exister : l'île dansante et les pierres qu'on sème, avec l'espoir de récolter
une âme douce et de guingois.
Qu'il faille toujours aimer, je le comprends : l'astre boudeur, le feu, la paille et les colères du torrent.
II faut aimer, donc j'aime les carrosses en or, qui ne vont nulle part.
Verbe et vertu, je célèbre vos noces ; la rosée, forme d'art :
cette sagesse me paraît aimable, dans mon amour universel.
L'océan court, je dois être de sable, songe devenu sel.
Il faut donc — c'est la loi — que je m'exprime sur les élans de mon vieux cœur :
ne sachant pas si l'amour est un crime, il en tremble de peur.




par Charles Trenet

Il faut garder la poésie 
Savoir la prendre par la main 
Il faut garder garder la fantaisie 
Quand elle croise nos chemins 

Il faut garder garder aux amourettes 
Le charme étrange de l'amour 
Mais pour garder l'amour il faut, c'est bête 
Garder aussi le cœur bien lourd 

Il faut garder garder quelques sourires 
Pour se moquer des jours sans joie 
Il faut garder garder un air de dire 
Je suis heureux viens avec moi 

Il faut toujours garder dans notre vie 
Tous les bonheurs qui nous ont plu 
Et puis enfin garder la nostalgie 
Du temps qui ne reviendra plus